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Canicule : irriguer oui, mais pas à n’importe quel prix

Avec les épisodes de chaleur qui se multiplient, la question de l’eau est devenue un enjeu majeur pour l’agriculture. En Grande Provence, où les étés sont naturellement chauds et secs, les producteurs engagés dans les filières sous Signes officiels d’Identification de la Qualité et de l’Origine (AOP, IGP, Label Rouge) ont appris depuis longtemps à composer avec cette ressource précieuse.

Loin des idées reçues, irriguer ne consiste pas à apporter toujours plus d’eau. L’objectif est au contraire d’intervenir au bon moment et dans les bonnes quantités. Une terre trop sèche absorbe mal l’eau : elle ruisselle davantage et profite moins aux cultures. Les agriculteurs privilégient donc des apports réguliers et adaptés aux besoins réels des plantes. Cette recherche d’efficacité se traduit aussi par l’évolution des équipements : en Provence-Alpes-Côte d’Azur, la micro-irrigation est devenue majoritaire et le nombre d’exploitations équipées de ces dispositifs économes en eau a progressé de 21 % en dix ans*.

Cette gestion raisonnée est encadrée par les pratiques de chaque filière. Certaines, comme le Petit Épeautre de Haute Provence IGP, ont des cultures naturellement adaptées aux conditions sèches, qui nécessitent peu, voire pas d’irrigation. D’autres disposent d’outils d’aide à la décision : les oléiculteurs, par exemple, qui s’appuient sur les recommandations du dispositif Eau’live pour ajuster leurs apports.

L’eau joue aussi un rôle essentiel dans l’équilibre des territoires. En Crau, l’irrigation gravitaire de la filière Foin de Crau AOP, alimentée par les eaux de la Durance, contribue à la recharge des nappes phréatiques tout en apportant des éléments minéraux aux prairies. En Camargue, l’apport d’eau douce dans les rizières limite la salinité des sols et participe au maintien de la biodiversité.

Enfin, l’eau est indispensable au bien-être animal. Les troupeaux doivent pouvoir s’abreuver librement, tout comme les abeilles.

Dans un contexte de changement climatique, la gestion de l’eau est devenue bien plus qu’une nécessité agricole : c’est une condition essentielle de la pérennité des filières et des territoires.

*Source : Agreste n° 126, mai 2022